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“La remontée des taux a profité au secteur des produits structurés”

Les produits structurés sur mesure peuvent paraître inaccessibles pour certains investisseurs, en raison d’un ticket minimum d’investissement élevé. Ils s’adressent donc naturellement à une cible d’investisseurs fortunés qui souhaitent diversifier leurs expositions.

Interview de Steve Lamarque, président fondateur de Hilbert Investment Solutions, une société qui construit des solutions d’investissement sur mesure. Présente au Luxembourg depuis 2016, où elle emploie 3 collaborateurs, Hilbert collabore avec des family offices et des gérants de fortune dans un environnement favorable à ces instruments.

Steve Lamarque, pouvez-vous rappeler ce qu’est un produit structuré ?

Un produit structuré se compose d’une obligation zéro coupon, en charge de la protection ou de la garantie du capital, selon le niveau de la barrière de protection, et d’une partie optionnelle, relai de performance du produit. La partie optionnelle repose sur un ou plusieurs actifs sous-jacents : actions, taux, matières premières,etc.

Cet actif financier flexible permet de répondre à diverses contraintes et objectifs d’investissement, mais aussi de s’inscrire dans différentes stratégies de placement. En tant que produit de rendement avec un capital garanti, l’investisseur est certain de récupérer le capital investi à l’échéance, sauf dans le cas d’un défaut de paiement l’émetteur. En tant que produit de rendement avec un capital protégé, le capital investi est seulement protégé dans une certaine limite de baisse du ou des sous-jacents. Les produits structurés peuvent être conçus sur mesure pour répondre au cahier des charges de l’investisseur.

Comment évolue le marché des produits structurés ? En termes de volumes, de nature des produits, etc.  

Avec la remontée des taux d’intérêt, nous avons constaté une montée en puissance de produits structurés à capital garanti et un recul des instruments n’offrant pas de protection du capital. Les produits dérivés adossés aux taux d’intérêt ont représenté un tiers des volumes de vente en 2023, alors qu’ils étaient presque inexistants en 2019. En revanche, les sous-jacents actions deviennent moins fréquents. Et le recours aux cryptos-actifs, matières premières et ETF (fonds indiciels cotés) reste marginal. Nous assistons aussi à un retour de la simplicité. Le marché est dominé par les produits structurés dont le sous-jacent est “vanille” comme les indices boursiers de type Eurostoxx ou Cac 40, avec un rendement raisonnable.

« […] au Luxembourg, les épargnants sont considérés comme des créanciers de premier rang. »

Ces investissements présentent-ils encore un intérêt maintenant que les taux d’intérêt ont remonté et que les produits d’épargne classiques sont rémunérateurs ?

La remontée des taux a profité au secteur des produits structurés. Ainsi, nous avons constaté une hausse de la demande de produits à capital garanti. Dans un contexte de taux bas, ces formules à capital garanti sont peu attractives car l’obligation zéro coupon chargée de la protection du capital à l’échéance est coûteuse et réduit le capital alloué à la partie optionnelle. Le rendement global du produit est donc peu attractif.
Dans un contexte de hausse des taux, cette même obligation offre un rendement similaire et est moins chère, car elle s’est dépréciée avec la remontée des taux. Les produits structurés sont donc redevenus attractifs pour une clientèle initialement averse au risque. Ils offrent un rendement plus attractif qu’un produit d’épargne classique, pour un même niveau de risque.

Pouvez-vous décrire vos activités au Luxembourg ?

Hilbert est implantée au Luxembourg depuis 2016. Nous y comptons actuellement 3 employés. Au Grand-Duché, nous collaborons avec des family offices et des gérants de fortune dans la conception de solutions financières sur mesure. Nous répondons aux attentes spécifiques de leurs clients, en termes d’objectifs et de contraintes d’investissement. Nos produits structurés sont disponibles dans les assurances-vie luxembourgeoises. Ce support offre des garanties en termes de protection de l’épargne. En effet, au Luxembourg, les épargnants sont considérés comme des créanciers de premier rang. Ainsi l’investisseur est prioritaire pour le recouvrement de son capital en cas de faillite ou de dépôt de bilan de l’assureur. De plus, le Luxembourg n’a pas de plafond de garantie des dépôts.

En quoi ces produits sont-ils adaptés à la clientèle des banques privées luxembourgeoises ?

Les produits structurés sur mesure peuvent paraître inaccessibles pour certains investisseurs, en raison d’un ticket minimum d’investissement élevé. Ils s’adressent donc naturellement à une cible d’investisseurs fortunés qui souhaitent diversifier leurs expositions. Il existe deux types d’émission : l’émission de produits de campagne, quand l’investisseur achète une part d’un produit déjà structuré sans pouvoir intervenir sur les paramètres, et l’émission de produits sur mesure, lorsque l’investisseur structure son produit et l’adapte à ses contraintes et objectifs d’investissement. L’émission de produits structurés sur mesure renforce le positionnement des banques privées en apportant de la valeur ajoutée à leur offre.

Nicolas Raulot
Nicolas Raulothttps://finascope.fr/
Nicolas Raulot est journaliste et fondateur du média financier Finascope.fr. Il compte 20 ans d’expérience de la presse. Ses articles ont été publiés dans des médias français (La Tribune, L’Agefi), belge (L’Echo), luxembourgeois (Paperjam) et suisse (Le Temps). Son parcours journalistique a commencé en France en 2000 à l’Agefi avant d’être poursuivi à La Tribune jusqu’en 2008. Il a ensuite exercé son métier au Luxembourg où il est devenu rédacteur en chef de Paperjam.lu. Nicolas Raulot a aussi travaillé dans le secteur financier comme courtier sur le marché monétaire et comme responsable éditorial et relations presse. Il est diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion (ISG), du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CFPJ) et de l’Université de Luxembourg (Master in Wealth Management). Nicolas Raulot est l’auteur de On a vendu la Bourse (Editions Economica, 2007).

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